George avait froid. Il avait l'impression d'être en plein
cauchemar maintenant. Des buissons non identifiés bruissaient tout autour de
lui alors que son corps était à moitié immergé dans une eau tourbeuse.
Son vélo gisait à ses côté, à demi enfoncé dans un creux de
la rivière.
Il tira d'un coup sec sur son guidon, soucieux de récupérer son bien le plus
précieux. Son vélo eut un soubresaut et s'éjecta de son trou pour basculer à
quelques mètres à peine, en sûreté, sur la berge.
Son esprit matérialiste se détacha enfin de son véhicule pour se préoccuper un
peu plus du nouvel écosystème qui l'entourait. La lune parvenait à peine à
éclairer l'élément aqueux dans lequel il pataugeait. N'hésitant pas sur le
chemin à prendre, George se dirigea vers son vélo, couché sur ce qui paraissait
être des herbes sauvages.
Mais la lourdeur de l'eau le fit basculer en avant, mouillant par la même sa
veste quasi immaculée.
Un remous dans l'eau le fit se redresser avec terreur. Quel être étrange était
susceptible de créer une telle variation de débit ?
Une poussée d'adrénaline le jeta sur son vélo. Il s'en saisit et commença la
montée laborieuse de la rive de la rivière. Ses pieds s'accrochaient aux moindres
racines et la lourdeur de son vélo le poussait vers l'arrière.
Un tiraillement particulièrement insistant le déséquilibra
pour de bon et il bascula à nouveau dans le vide, son corps ne faisant qu'un
avec sa machine roulante.
La chute fut brève mais le choc radical. Sa tête heurta un tronc et sa
conscience préféra se réfugier dans les méandres de son cerveau afin de lui
laisser le temps de récupérer.
Le Grrkow avait senti la panique humaine. Son corps s'en était imprégné et il
avait soif d'autre chose désormais. Comme d'une envie cannibalique de
s'approprier son rival. Il s'approcha de ce qu'il avait cru être son reflet et
apposa une main délicate sur sa propriété. Un écoulement rougeâtre le fit
hésiter un moment mais son esprit le rassura. Si cette bête pouvait saigner,
c'est qu'elle était monstrueuse malgré tout.
Il glissa délicatement son excroissance sous le dos de
l'être allongé et le souleva précautionneusement, négligeant l'outil
rudimentaire dont l'homme semblait tant se préoccuper. La montée de la rive ne
posa pas de problème au Grrkow, insensible aux aiguilles indélicates des ronces
opportunistes.
Une fois arrivée sur la partie humaine du sentier, il se
baissa, laissant chuter son colis sur la terre noire.
Un bruit osseux le fit se souvenir de sa vraie nature et un cri bestial
s'échappa de sa gorge, prémisse d'un indubitable festin macabre. |