George, les yeux fermés, laissaient des mains habiles le
parcourir, massant ses membres endoloris. Il éprouvait un mélange de sensations
contradictoires qui stimulaient en lui toutes ses terminaisons nerveuses. Rien
ne pourrait lui faire ouvrir les yeux, pensait t-il, de peur d'interrompre
cette expérience délicieuse. Mais les gestes de sa masseuse, car il ne pouvait
imaginer une telle douceur de la part d'un être masculin, se faisaient plus
virils. Voilà qu'il était maintenant secoué violemment, ce qui cognait sa tête
contre l'asphalte humide sur lequel il était couché. De l'asphalte ?
George ouvrit les yeux.
La noirceur de son environnement ne lui permettait pas de voir sa masseuse
attitrée qui l'avait entraînée sur un support quelque peu exotique. Ses habits
avaient été indélicatement déchirés et il gisait, à demi nu, dans une flaque
peu attrayante, surplombé par une masse informe que son esprit embrumé n'avait
pas encore reconnu.
Les dents du Grrkow pénétrèrent dans la chair tendre de George. Celui-ci ne
réagit pas. Un coup sec eu raison des tendons fragiles de George. Son cri
résonna dans la forêt. Les sens de George venaient enfin de se remettre à
fonctionner.
Le Grrkow s'excita de plus belle. Ce morceau de chair ne
pouvait en rien contenter son estomac affamé. Mais ce cure-dent humain risquait
de lui prendre un peu de temps à déchiqueter et sa proie se débattait à ses
pieds. Il réfléchissait encore, si l'on peut accorder une telle action à cette
chose, quand George se souleva maladroitement, chutant ainsi vers le côté
forestier de la piste cyclable.
Mais le Grrkow ne bougeait toujours pas, semblant attendre
une illumination divine. George, certes handicapés, mais plus leste d'esprit,
s'était déjà saisit d'une modeste branche de sa nouvelle main principale quand le
Grrkow se tourna vers lui.
Il ne semblait pas avoir d'organe de vision et cela paniqua
George qui s'apprêtait à viser cette cible facile. Il n'eut pas le temps
d'ajuster sa frappe. Le Grrkow se jetait déjà sur lui, brisant sous son poids
la maigre attaque de celui-ci.
Ecrasé sous le poids, George bascula encore un peu plus bas
dans le fossé, entourant de son bras une substance visqueuse qui semblait
pourtant douée de mouvement.
Affaibli par sa perte de sang, et écrasé par ce qui pesait
plus lourd qu'un vélo, George souffla. Son poids ne semblait plus bouger.
Aurais t-il réussi, dans un mouvement involontaire, à porter un coup critique à
son adversaire ? Il ne rêverait pas de mieux. Au fond de lui, pourtant, il
continuait à douter. Quoi ? Comment aurait il pu détruire une telle masse
sans même l'avoir fait exprès ?
Il était maintenant agité de soubresauts. Son hôte qui
l'empêchait de bouger semblait être pris d'une crise subite d'épilepsie. Un
dernier mouvement d'agonie, sans doute ?
La joie qui s'apprêtait à l'envahir fut vite inhibée par son corps se vidant de
son sang. Comment allait il échapper à un tel destin funeste ? |