CHAPITRE 5
Le Grrkow avait achevé son temps sur cette terre. Alors que
son âme voguait déjà vers une autre dimension, son ex corps physique tenait
toujours prisonnier George, plutôt mal en point. Outre une hémorragie qui
paralysait son bras droit, George commençait à ressentir les effets du froid,
suite à son contact prolongé avec la rivière. Et son immobilité n'arrangeait
pas les choses. En plus, le corps monstrueux qui le bloquait semblait être un
très mauvais diffuseur de chaleur. La situation de George semblait réellement
désespérée.
Lui qui se voyait déjà porté aux nues par la population étudiante grâce à son
combat féroce contre le Grrkow ! Il devenait de plus en plus pessimiste à
mesure que le temps passait, que le froid engourdissait ses centres nerveux et
que la piste cyclable restait vide de circulation.
Mais un petit espoir subsistait tout de même. Cette piste était connue pour
être une des plus fréquentée du coin, et, même en pleine soirée, une rencontre
fortuite était possible.
George essaya encore une fois de se soustraire à l'emprise de son fardeau. Mais
la tâche semblait impossible, sans l'aide salvateur d'un tiers. Il leva les
yeux au ciel, cherchant, comme pour se rassurer, la lune ronde et brillante.
Ses yeux semblait hypnotisés par la faible lueur se frayant un chemin à travers
les arbres drus.
C'est à cet instant qu'il entendit, dans l'ambiance apaisée du soir, un son
distinct d'un soufflement régulier. Son esprit plaidait déjà l'hallucination
quand il aperçu une lumière de lampe torche occiller sur le paysage alentour.
Son corps se ressaisit et il cria du plus fort qu'il pu. Ou plutôt, il cru
crier. Car aucun son n'émergea de sa bouche en feu. Une panique féroce
commençait à l'emplir quand il vit son sauveur passer à proximité sans même lui
accorder un regard. Dans sa fureur, il essayait même de créer du son au moyen
des multiples branchages qui l'entouraient, faisant fi de la douleur provenant
de son moignon sanguinolent que la gangrène ne tarderait pas à dévorer.
Le désespoir l'emplit rapidement avec le souffle chaud causé
par le mouvement du cycliste insouciant. Il s'apprêtait à fermer les yeux, afin
de laisser la mort emporter sa modeste vie quand il perçu un grognement
étrange, dans le sillage de son désolant sauveur.
Une soudaine passion l'envahit et une onde sonore puissante émergea de sa
bouche ravagée. Une ombre s'arrêta soudain, à quelques pas à peine de sa
position.
Il réussit tout juste à lever sa main valide pour attirer
l'attention quand l'ombre se jeta vers lui et lui arracha son dernier membre
supérieur. Il eu tout juste le temps de penser que la guerre contre les Grrkow
ne faisaient que commencer quand son esprit se réfugia dans une mort paisible
et insouciante.
Pierre semblait bien avoir entendu un bruit, là bas, dans la partie forestière
de la piste cyclable. Mais avec toutes ces bestioles qui batifolaient aux
alentours, on ne pouvait être sûr de rien. De toute façon, que pouvait il donc
lui arriver ? Il était seul et la nuit lui appartenait. |